Georges Braque - Rétrospective - Grand Palais

Georges Braque À tire d’aile 1956-1961

Il est des noms qui résonnent par association … quand on entend Braque on pense systématiquement à Picasso; peut-être parce qu'à eux deux ils ont initié le mouvement Cubiste … Ou peut-être aussi par ce que Braque était très prisé durant l'après-guerre, et qu'il a vu sa sa notoriété s'essouffler, tandis que celle de son confrère Picasso n'a eu de cesse de s'accroitre pour atteindre le Panthéon.

Alors, voilà que la France décide, pour la première fois depuis 40 ans, de rendre hommage à l'artiste français - et lui seul- au travers d'une rétrospective de près de 200 peintures au Grand Palais.

L'exposition dresse une timeline visuelle de son travail: on y découvre ses débuts - ceux de son époque Fauve-, son travail cubiste, mais aussi son invention du papier collé; enfin ses oeuvres de fin de vie. Bref, on y découvre le travail monumental d'un grand artiste qui, est tombé en désuétude, sans qu'on ne sache pourquoi.

Georges Braque Canéphores 1922Georges Braque Canéphores 1922Georges Braque Femme à la palette 1936Georges Braque Le Château de la Roche Guyon été 1909Georges Braque Le Château de la Roche Guyon été 1909Georges Braque Le Château de la Roche Guyon été 1909Georges Braque Grand Nu hiver 1907- juin 1908Georges Braque Femme nue assise 1907 Georges Braque La Musicienne 1917-1918Georges Braque La Musicienne 1917-1918Georges Braque Compotier et cartes début 1913Georges Braque L’Oiseau noir et l’oiseau blanc 1960 huile sur toile ; 134 x 167,5 cm collection particulière © Leiris SAS Paris














Georges Braque, À tire d’aile,1956-1961, huile et sable sur toile marouflée sur panneau ; 114 x 170,5 cm Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, donation de Mme Georges Braque, 1965 © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist.Rmn-Grand Palais / Adam Rzepka © Adagp, Paris 2013
Georges Braque, Canéphores,1922 huile sur toile ; 180,5 x 73 cm Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, legs Baronne Eva Gourgaud, 1965 © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist.Rmn-Grand Palais / Jacqueline Hyde © Adagp, Paris 2013Georges Braque,Femme à la palette,1936 huile sur toile ; 92,1 x 92,2 cm Lyon, musée des Beaux-Arts, legs de Jacqueline Delubac, 1997© Rmn-Grand Palais / René-Gabriel Ojéda / Thierry Le Mage© Adagp, Paris 2013Georges Braque,Le Château de la Roche Guyon
été 1909, huile sur toile ; 92, 5 x 72,5 cm Eindhoven, Van Abbemuseum© Collection Van Abbemuseum, Eindhoven, The Netherlands / photo Peter Cox9 © Adagp, Paris 2013

Georges Braque,Femme à la palette, 1936
huile sur toile ; 92,1 x 92,2 cm,Lyon, musée des Beaux-Arts, legs de Jacqueline Delubac, 1997© Rmn-Grand Palais / René-Gabriel Ojéda / Thierry Le Mage© Adagp, Paris 2013
Georges Braque, Grand Nu,hiver 1907- juin 1908, huile sur toile ; 140 x 100 cm,Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, dation Alex Maguy-Glass, 2002© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist.Rmn-Grand Palais / Philippe Migeat © Adagp, Paris 2013
Georges Braque, Femme nue assise,1907,huile sur toile ; 55,5 x 46,5 cm, Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, donation de Louise et Michel Leiris, 1984
© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist.Rmn-Grand Palais / Philippe Migeat© Adagp, Paris 2013© Adagp, Paris 2013
Georges Braque
La Musicienne, 1917-1918, huile sur toile ; 221,4 x 112,8 cm
Bâle, Kunstmuseum Basel, Schenkung Dr. h.c. Raoul La Roche, 1952© Basel, Kunstmuseum© Adagp, Paris 2013
Georges Braque,L’Oiseau noir et l’oiseau blanc, 1960, huile sur toile ; 134 x 167,5 cm, collection particulière © Leiris SAS Paris© Adagp, Paris 2013

Et question de repositionner Georges Braque, son importance dans l'histoire de l'art, voici le discours du ministre de la culture de l'époque, André Malraux, sur le parvis de l'église Saint Germain l'Auxerrois, le 3 septembre 1963, en hommage au maître:

"Avant que Georges Braque repose dans le petit cimetière normand qu'il a choisi, j'apporte ici l'hommage solennel de la France.
Vous avez reconnu, Madame, la musique que vous venez d'entendre, avant ces cloches qui sonnaient jadis pour les rois : c'est la Marche Funèbre pour la Mort d'un héros. Jamais un pays moderne n'a rendu à un de ses peintres morts un hommage de cette nature. L'histoire de la peinture qui trouve dans l'oeuvre de Braque un accomplissement magistral a été une longue histoire de dédains, de misère et de désespoir. Et jusque par sa mort, Braque semble assurer la revanche des pauvres obsèques de Modigliani, du sinistre enterrement de Van Gogh ?... Et puisque tous les Français savent qu'il y a une part de l'honneur de la France qui s'appelle Victor Hugo, il est bon de leur dire qu'il y a une part de l'honneur de la France qui s'appelle Braque - parce que l'honneur d'un pays est fait aussi de ce qu'il donne au monde.
Ses tableaux se trouvaient dans tous les grands musées, et plus de cent mille Japonais, à Tokyo, s'étaient rendus à son exposition comme à un pélerinage. Dans son atelier qui n'avait connu d'autre passion que la peinture, la gloire était entrée mais s'était assise à l'écart, sans déranger une couleur, une ligne, ni même un meuble. Silencieuse et immobile comme les oiseaux blancs qui depuis sa vieillesse avaient apparu sur ses toiles. Il était devenu l'un des plus grands peintres du siècle.
Mais notre admiration ne tient pas seulement à ce génie pacifié que connaissent tant de maîtres à l'approche de la nuit. Elle tient aussi au lien de ce génie avec la révolution picturale la plus importante du siècle, au rôle décisif joué par Braque dans la destruction de l'imitation des objets et des spectacles. Et sans doute le caractère le plus pénétrant de son art est-il de joindre, à une liberté éclatante et proclamée, une domination des moyens de cette liberté, sans égale dans la peinture contemporaine.
De plus, en nous révélant, avec une puissance contagieuse, la liberté de la peinture, Braque et ses amis de 1910 nous révélaient aussi tout l'art du passé rebelle à l'illusion depuis notre peinture romane jusqu'au fond des siècles : patiemment ou rageusement penchés sur leurs tableaux insultés. Ces peintres ressuscitaient pour nous tout le passé du monde...
Enfin, ces tableaux exprimaient la France à l'égal de ceux de Corot - mais plus mystérieusement, car Corot, lui, l'avait beaucoup représentée. Braque l'exprimait avec une force de symbole si grande qu'il est aussi légitime chez lui au Louvre, que l'ange de Reims dans sa cathédrale. Samedi, nous avons retrouvé une trsitesse très lointaine mais bien connue; celle qui nous avait saisis naguère quand nous avions entendu : "Debussy est mort".
Demain matin, Madame, que l'on dise aux marins et aux cultivateurs de Varangeville, qui aimaient Georges Braque, évidemment sans comprendre son art : "Hier, quand il était devant le palais des rois et le premier musée du monde, il y avait dans la nuit pluvieuse une voix indistincte qui disait merci ; et une main très simple, une main usée de paysanne, qui était la main de la France, et qui se levait une dernière fois dans la nuit pour caresser doucement ses cheveux blancs".


Georges Braque L’Oiseau noir et l’oiseau blanc 1960 huile sur toile ; 134 x 167,5 cm collection particulière © Leiris SAS Paris
Georges Braque, L’oiseau noir et l’oiseau blanc,1960, Huile sur toile, 134 x 167,5 cm, Paris © Leiris SAS Paris © Adagp, Paris 2013
Grand Palais
Exposition Georges Braque
18 Septembre 2013 - 06 Janvier 2014
Entrée Champs-Elysées,
Paris