VINCENT BEAURIN- ARTICLE

Par Katherine Abricqueau

Il y a quelques années de ça, en vadrouille dans les galeries du Marais, je fus invitée au diner d’après vernissage d’une expo que j’avais vraiment aimée.
Enfin… je fus invitée par une personne qui était invitée…donc me retrouvais au milieu d’un dîner qui s’avérait être un dîner de mariage et de vernissage à la fois… Un bon présage.
Sur le moment, j’étais un peu gênée trouvant ma présence incongrue mais je n’ai pas eu le temps de continuer sur ce feeling, car la soirée vira au pugilat entre personnes du monde de l’art.
Je rentrais chez moi avec un gout amer… Puis oubliai.
Quelques jours après, l’artiste de cette exposition m’appelle, me dit qu’il ne savait pas qui j’étais lors du diner, mais qu’il était dingue de mes chaussures et avait du coup des cadeaux à faire à sa nouvelle épousée…
Ils débarquent une demi-heure après dans ma vie, comme s’ils avaient toujours été des amis de longue date. Ce genre d’amitié qui mêle respect, admiration, confiance et folie douce.

Le travail de Vincent, vous avez déjà compris que je ne serai absolument pas objective, me touche profondément. Par profondément, j’entends qu’il fait appel aux zones de mon cerveau les plus reculées, ce fameux cerveau reptilien.
Vincent est sculpteur. Après avoir été designer et peintre, il a finalement opté non pas pour le ciseau et le burin, mais pour la tronçonneuse : il sculpte le polystyrène mais taille aussi le silex en s’imaginant vivre dans quelque grotte néanderthale !

Pas banale la bête ; et en parlant de bête, Vincent en connaît et en côtoie quelques unes.
De sa lame naissent ses animaux fantastiques réduits à leur essence même, à leur pureté originelle.
Il les pulvérise ensuite de sable, de paillettes, de poudre de mica donnant à ses pièces l’aspect d’une roche polie par les siècles et le vent, ou d’une planète inconnue et inhabitée.

Certaines œuvres hypnotisent tellement le regard que l’on se sent tomber dans un trou noir, on s’imagine témoin privilégié du Big Bang en compagnie de créatures vénusiennes.
Voilà ce que j’aime dans le travail de Vincent : il nous emmène dans un ailleurs pas vraiment défini entre l’infiniment passé et l’infiniment futur, l’infiniment proche et l’infiniment lointain.
Bref, on marche sur la lune dès qu’on pose un œil sur ses sculptures.