FANTASTIQUE N’EST PAS FRANÇAIS? Chronique Ciné

Par Hakim Tabet,

Labyrinthe(1967)


Labyrinte(1967),MJ Corajoud Piotr Kamler

Rétrospective du cinéma fantastique français à la cinémathèque du 18 Avril au 18 Mai 2012 ?

Quand j’ai appris ça, j’avoue avoir été frappé d’une énorme perplexité : la cinémathèque française aurait-elle été prise d’une subite envie d’étudier le vide sidéral ?! Ignore-t-elle qu’il s’agit là du domaine réservé de quelques astrophysiciens chevelus et à moitié cinglés ?

Avec la certitude qu’il y avait là-dedans deux mots – « fantastique » et « français » - qui se faisaient la gueule depuis la nuit des temps, j’ai plongé tête la première… Et j’ai ramassé une rafale de baffes ! Quelle surprise quand j’ai découvert que la question n’était pas tant « Pourquoi pas de cinéma fantastique français ? », que « pourquoi plus ? » .
A rebours de tout ce que je croyais, il y a eu un cinéma fantastique en France, dont les représentants sont Jean Cocteau, George Méliès, Franju, Gaston Velle, Alfred Machin, en qui nous avons pu reconnaître le grand papa artistique de Tim Burton, avec son Manoir de la peur !...Agnès Varda ou Jean-Pierre Mocky aussi (J’en suis le premier surpris !)…

…Et ils ont livré des œuvres délirantes faisant le grand écart entre poésie, fantasmagorie, épouvante, merveilleux, féérie, accouchant d’un fantastique monstrueusement varié (qui ne se résume pas à une bande de zombies désireux de nous croquer des bouts de corps !), et d’un imaginaire sans limites! Qui aurait l’audace de nos jours d’inventer une histoire avec une lune qui se prend une fusée dans l’œil ?

Fée des greves


La Fée des grèves, Louis Feuillade
Et donc, qu’est-ce qui a bien pu se passer?! Pourquoi sommes-nous aujourd’hui condamnés à regarder de l’autre côté de l’Atlantique, dés qu’il est question de parler cinéma fantastique ? On pourrait se dire, en mode dépressif, que de ce côté-ci de l’Atlantique ne se trouve qu’une petite bande de foireux incapables de monter autre chose qu’une comédie avec Kad Merad, ou un polar avec Olivier Marchal ! Mais ça n’est pas le cas : Jean-Pierre Jeunet, Alexandre Aja, Louis Le terrier, Pitof pulvérisent cet argument.

Pour ma part, une petite vadrouille récente a fait naître en moi une immense frustration : en revenant d’une soirée interdite aux moins de 18 ans au fin fond du cul de l’Oise, et en traversant ses routes de campagne brumeuses et ses maisons lugubres, j’ai été agréablement surpris de n’avoir pas été attaqué cette nuit-là par une horde de vampires. Pourtant, a priori, je ne crois pas aux vampires. Mais l’atmosphère qui règne dans ces patelins est largement capable de vous faire douter. Alors, comment se fait-il qu’un réalisateur français n’ait pas encore eu l’idée d’y planter sa caméra ?

En attendant que ça arrive, allez faire un tour à la cinémathèque française avant le 18 Mai… Histoire de vous prendre une petite rafale de baffes ! Que je ne sois pas le seul à avoir les joues rouge pivoine.

La Cinémathèque Française
Cycle Cinéma Fantastique Français
Du 18 avril au 18 mai 2012
51, rue de Bercy
75012 Paris

Ecrin du Radjah


L’Écrin du Rajah, Gaston Velle