Velasco Vitali: La possibilité d’une île

Par Karim Zehouane

Velasco Vitali: La possibilité d’une île


Je ne suis pas fan du travail de Houellebecq. Je n’ai rien contre non plus, remarquez. En revanche, je trouve la majorité de ses titres remarquables : Extension du domaine de la lutte, Les Particules élémentaires, La possibilité d’une île.
Et c’est justement ce dernier, La possibilité d’une île, qui m’est venu à l’esprit lorsque j’ai rencontré les images de l’exposition de l’artiste italien Velasco Vitali : Foresta Rossa.
Depuis début juin en effet, et jusqu’au 21 octobre 2012, cet artiste sculpteur engagé a été invité par la famille Borromeo à installer ses œuvres sur leur eden privé : Isola Madre, sur le Lac Majeur.

Velasco Vitali: La possibilité d’une île


Le résultat est perturbant, dérangeant, brutal et onirique.
Des chiens de fer et de rouille prêts à bondir habitent le bitume pastoral bordé des merveilles végétales de l’île. Un arbre décharné, habillé de plastique émerge du lac Majeur comme un iceberg burtonien. Un manège vide et spectral tourne dans une ronde sans fin dans le sublime du jardin botanique.
L’île semble vide et habitée à la fois. Une île comme un paradis inquiétant.

Velasco Vitali: La possibilité d’une île


« Je m’intéresse aux villes fantômes, raconte l’artiste, ce sont des lieux où nous pouvons expérimenter nos utopies ».
Des utopies mortes comme des milliers de villes qu’incarnent les chiens « dont chacun porte le nom d’une ville disparue »; comme la Foresta Rossa, aussi, ce bois de pins qui connut le même destin que des millions d’hommes, le 21 avril 1986 à Tchernobyl. Tchernobyl, principale source d’inspiration de cette installation. Tchernobyl, une ville qui, avant de connaître une inommable postérité, se voulait une métropole idéale, conçue pour attirer familles et enfants.
Comme Tchernobyl, donc, fut la possibilité d’une ville, Isola Madre, ce havre de paix niché au cœur du Lac Majeur, devient, sous la coupe hâve de Velasco Vitali, la possibilité d’une île. Admirable.

Velasco Vitali: La possibilité d’une île