Iceberg Slim : «Pimp», «Trick Baby» et «Mama Black Widow» - LIVRE

Par Hakim Tabet,

Iceberg Slim



Sortie de l’œuvre compilée d’Iceberg Slim : «Pimp», «Trick Baby» et «Mama Black Widow» ce mois de novembre.

Iceberg Slim alias Robert Beck, maquereau notoire des années 50 qui devint par la suite écrivain et figure majeure de la littérature-ghetto contemporaine noire américaine en produisant «Pimp» son autobiographie. Récit où pêle-mêle, il raconte qu’il avait une légère tendance à fouetter ses putes jusqu’au sang à l’aide d’un cintre, qu’il côtoyait d’autres macs qui pendaient les leurs défoncées à la coke par la fenêtre en les aspergeant de sang de poulet pour leur faire croire qu’elles avaient disjoncté et qu’en guise d’épitaphe, n’avaient pas d’autre message à adresser à l’humanité que «Tchao bande de caves» gravé sur leur pierre tommbale…
Sympathiques les lascars ?! On a tout de suite envie de prendre un verre avec eux, non ?!

En somme, ce gars, ce «Slim», pas de doute, a foncé s’inscrire à l’école illustre des écrivains qui schlinguent l’enfer à plein nez : Nabokov-pédophile (je m’appelle Lolita…), Céline antisémite (oui, oui j’ai vérifié, c’est parfaitement vrai), James Ellroy réac devenu féministe par opportunisme (y a gros à parier que le jour où brûler des gens sous le prétexte de leur race redeviendra à la mode, il n’hésitera pas à troquer son nœud pap’ ringard contre une capuche blanche pointue estampillée KKK)…

…Et en même temps, attendons-nous vraiment de la littérature et de son historiographie qu’elle nous conte l’itinéraire de gentils pères de famille qui vont gentiment acheter le pain tous les jours et sont gentils avec leurs femmes et leurs enfants et qui écrivent de gentils romans ?

Ben le pire c’est que c’est un peu ce vers quoi tend la littérature contemporaine la plus récente construite par l’auto censure d’écrivains arrivistes, et celle sournoise des grands médias qui donnent le « LA » de ce qu’il ne faut pas être et dire pour être « IN » : pas misogyne, pas raciste (encore que ça dépend contre qui ; Houellebecq s’en donne à cœur joie avec les arabo-musulmans)…

Résultat, à chaque rentrée littéraire, on se retrouve avec des pavés inbectables de 600 pages remplis de mots et d’histoires si dégoulinantes de miel qu’on sent le diabète débarquer à toute bombe dans nos veines (Merci Marc Levy) et qu’on se surprend à espérer qu’un jour peut-être un malade mental nécrophile ayant 18 cadavres enterrés dans son jardin passera entre les mailles du filet pour éditer ses mémoires... Juste histoire de changer d’air.

Non sérieusement, la littérature doit-elle prêcher la bonne parole ? Moi je dis « non merci », déjà parce que j’ai aucune envie de crever du diabète, mais surtout parce que c’est -de fait- dans les racines les plus pourries genre Slim, Céline and Co que le langage et l’expérience humaine choisissent manifestement de venir se chauffer à blanc jusqu’à cracher en l’air de nouvelles formes d’énergie, et que si l’histoire de la littérature semble si bien se confondre avec celle du Diable, c’est que quelque part nous avons tous un besoin vital de le rencontrer un jour.
Alors vive la littérature des déglingués !

Iceberg Slim Pimp - Trick-baby - Mama-black-widow - Les éditions de l'Olivier