MAL-AIMEE- INTERVIEW

Par Laetitia Allal

MAL-AIMEE


Qui est Mal-Aimée ?

Marius : Mal-Aimée, c’est Léonie et Marius.

Léonie : En binôme, toujours ensemble.

A Marius : Vous faisiez partie du studio d’Olivier Theyskens, époque Nina Ricci…

Marius : … Oui. J’ai débuté par un stage, qui s’est transformé en job. Puis quand j’ai commencé à travailler avec Olivier et qu’il fallait une personne pour me seconder, j’ai immédiatement pensé à Léonie. C’est à ce moment-là que nous sommes devenus amis, qu’elle a rejoint l’équipe.


Ensuite ?


Léonie : Dès le départ, on dessinait à quatre mains : Marius faisait toutes les collections d’imprimés, moi les broderies, et les jacquards on les faisait ensemble.

Marius : Les idées se nourrissaient les unes les autres. Il y avait une vraie cohérence dans tous ces travaux de broderies, de jacquards… C’était tellement magique, évident, que quand l’histoire Nina Ricci touchait à sa fin, on s’est dit : « qu’est-ce qu’on va faire ? Postuler pour d’autres boites ? ». On savait qu’on allait être séparés par la force des choses, et on s’est dit que ce serait trop dommage.

Léonie : Oui, on ne voyait pas du tout les choses comme ça.

L’aventure Mal-Aimée a donc débuté après Nina Ricci?

Marius : En fait, on a d’abord continué à travailler ensemble… De là sont nées des collections sans nom, des collections pour des concours. Puis, petit à petit, l’histoire a pris de l’ampleur.

Léonie :
C’était des dessins, beaucoup de moulages au début, des expérimentations, des choses comme ça. Ensuite, tout s’est enchainé naturellement : une collection, un plan de collection, un bureau de presse, des show-rooms commerciaux et après il nous fallait un nom et que ca démarre pour de vrai ! Mal-aimée était née.


Vous ne travaillez plus du tout avec Nina Ricci?


Les deux : Non, plus du tout.

Et avec Olivier ?

Marius : Moi je travaille encore avec lui : je fais des aller-retour avec New-York (Olivier Theyskens est le designer de Theory et de Theysken’s Theory,Ndlr).

Vous donne t-il son avis ?

Marius : Chaque saison, il vient voir ce qu’on a fait, mais bizarrement il ne nous dit pas grand chose, peut-être pour ne pas nous influencer.

Une rencontre mode ?


Marius : Clairement Olivier Theyskens, je ne peux pas dire autre chose.

Léonie : On a tellement appris à ses cotés, on a eu beaucoup de chance d’être dans son équipe créative la plus proche. Toi (en s’adressant à Marius) en étant l’assistant créatif direct d’Olivier, moi en faisant le lien entre justement le pôle créatif et le reste du studio. C’est grâce à ça qu’on a pu créer Mal-Aimée, grâce à cette formation. Son univers nous correspondait vraiment bien. Après une telle expérience, on s’est sentis les épaules fortes, la carrure pour porter Mal-Aimée.

Une autre rencontre primordiale?


Léonie : Justine Levy, qui est notre CEO. Elle nous aide à structurer notre collection. Justine s’est intéressée à nos collections en tant que journaliste du vogue.com, puis elle est devenue styliste free lance pour pas mal de célébrités. Elle avait vraiment flashé sur notre travail, et, de fil en aiguille, elle nous a soutenus comme ça pour un jour rejoindre l’équipe Mal-Aimée.

Mal-Aimée



Des influences ?


Léonie : L’art déco. Que ce soit sur le visuel, la construction, les lignes ; l’art déco nous inspire.

Marius : Oui, c’est vrai on travaille beaucoup dessus.



Des influences mode ?


Marius : Alors de nouveau on est obligés de le dire Olivier, mais il y a aussi Balenciaga. Ce que fait Nicolas Ghesquière pour la maison Balenciaga nous plait beaucoup, surtout son approche et son travail sur le côté graphique.

Encore maintenant ?

Marius : Oui, encore maintenant. Même si ça commence à s’en éloigner un peu plus, ca reste encore très graphique dans l’aspect androgyne, architecturé, hyper futuriste, mais qui est contrebalancé par cet univers romantique et nonchalant, un peu plus sombre. On est aussi influencés par le côté Thierry Mugler des années 90. Cela revient constamment dans notre travail de tailoring, de découpe. Cette capacité à galvaniser les courbes de la femme est une constante chez nous … A ça viennent s’ajouter des influences musicales, cinématographiques qu’on ne partage d’ailleurs pas forcément.(S’adressant à Léonie) Moi je vais complètement triper sur Patty Smith etc., c’est mon côté rock que tu ne partages pas, et toi en revanche tu vas triper sur les années 20-30, et c‘est ton côté Charleston.


Léonie :
Effectivement, je suis plus rétro, je serais plus années 30 alors que toi tu es plus rock eighties, seventies.

Marius : Nos influences sont totalement différentes. Hormis la mode, on n’a pas du tout les mêmes influences culturelles.


Des créateurs que vous aimez bien ce moment ?


Marius : Carven. C’est sympa ce qui arrive à cette maison. Et je dirai Anthony Vaccarello car il vient de commencer, j’aime bien ce qu’il fait et je trouve qu’il a l’air chouette. On aime bien aussi Proenza.


La faute de goût qui vous inspire le plus d’indulgence…celle qui vous en inspire le moins ?

Marius : Là où j’ai le moins d’indulgence c’est sur les chaussures. Je ne peux pas supporter une hauteur de talons impardonnable. Vous savez la paire de chaussures qui vient tout bousiller dans un look !

Léonie : Toi je sais c’est très plat ou haut.

Marius :Oui, la fille qui a foiré son look avec sa paire de pompes, je ne sais pas pourquoi j’ai peu d’indulgence pour ça. Bref, c’est bizarre ce que je vais dire mais … je dirais que c’est pour le mauvais goût que j’ai le plus d’indulgence. Car des fois le mauvais goût peut être si terrible qu’il en devient parfois presque cool. Et à l’inverse je n’ai aucune indulgence pour celle qui se croit impeccable et qui est complètement à côté de la plaque.

La couleur de votre hiver prochain se sera quoi ?

Léonie : De l’émeraude, en imprimé, en lurex. Aujourd’hui, je plonge et je nage dans l’émeraude.

Quelles ont été vos inspirations ?

Léonie : La collection évoque une ambiance «après-ski à Megève», la neige, les sapins, un Grand Bal au cœur du froid… Les matières et les couleurs calfeutrées sont éclaboussées de lurex et d’imprimés émeraude.

Mal-Aimée



Une icône mode ?


Leonor Scherrer, la fille cadette de Jean-Louis Scherrer, son côté rock’n’roll, sa tronche incroyable, sa capacité à pouvoir tout mélanger, associer une veste classique à un jean tout défouraillé tout en restant chic. On adore! (Leonor Scherrer, muse de Riccardo Tisci, a créée une collection spéciale enterrements : Funeral couture NDLR).

L’adn de Mal-aimée ?

Marius : La dualité, à tous les niveaux de la création :les mélanges pointus de matières, la rigueur architecturale des découpes organiques nuancés par des gammes de couleurs subtiles et des imprimés mystérieux.


Enfin, à part Mal-Aimée, qui voudriez-vous être ?

Marius : J’aimerais être chauffeur routier, (éclats de rire autour). Non, non, c’est pas une blague ; j’adorerais être seul dans mon camion, à rouler comme ça, à m’arrêter, dans des endroits improbables. Non, c’est vrai, chauffeur routier ça me fait triper.

Léonie :Eh bien moi… (elle réfléchit)

Marius :...Toi tu serais une courtisane

Léonie :Une danseuse de cabaret

Marius :Oui, c’est ça.

Alors un chauffeur routier et une danseuse de cabaret et bien vous êtes fait pour vous rencontrer…

Eclats de rire…

Site de Mal-Aimée