RAD HOURANI - MINIMAL FACTORY - ARTICLE

Par Karim Zehouane

Rad hourani


Cinq années que je suis le travail de Rad Hourani. Depuis sa première collection. On était en 2007, il avait 25 piges, et déjà, son univers obsessionnel, entre néo-minialisme et post-gothique, posait les jalons d’un vocabulaire qu’il étoffera dans la nuance et la subtilité, un peu à la manière d’un Helmut Lang, ou d’un Rick Owens.
Rien de volage dans son approche, pas de bouleversement d’une saison à l’autre, pas de saison d’ailleurs, pas de thème non plus : juste des chiffres pour marquer chaque collection et un work in progress de pièces qui construisent l’histoire d’un vestiaire simple, pur et radical : du noir, du blanc, quelques monochromes humbles pour compléter la palette, des coupes au scalpel ultra fittées ou oversized, une esthétique effacée, des vêtements transformables, des mises en scène arides, de l’anti-show-off sans concession.
Ce qui lui vaut le dévouement bigot de certains pronateurs de l’anti-mode et la haine farouche de fashionistas volages qui voient en lui l’antithèse du fashion designer.
Fashion designer : une appellation d’origine incontrôlée que Rad réfute d’ailleurs. Il lui préfère celle de Visual artist, lui qui shoote ses collections, qui réalise des films expérimentaux, qui joue de tous les langages créatifs pour donner corps à une vision du monde ultra personnelle.

Cet hiver 2012 ne dérogera pas à la règle. Pour fêter son discret quinquennat au faîte de la canopée mode, il ajoutera juste un peu de vert à son monde binaire. Et lorsque les critiques évoqueront la tendance militaire de rigueur, il parle d’influence de la nature.
Ce qui ne va pas forcément plaire, encore une fois, et qui d’ailleurs ne plait pas du tout au Mogul du compte rendu, j’ai nommé style.com, qui voit dans cette collection une énième et éculée variation sur le même thème.
Bon, c’est vrai qu’il n’y a pas de révolution visible dans cette collection, mais le truc, c’est qu’en fait, Rad, la révolution, il s’en tape, c’est juste à une allure idéale qu’il tente de donner vie depuis cinq ans, un peu comme Cézanne et la Montagne Sainte-Victoire, Yves Klein et sa « monomaniachromie », Larry Clark et ses Kids…
Jugez-en sur pièces, et rendez-vous dans quelques jours pour un entretien où nous avons tenté avec Rad de faire le jour sur le coté obscur de son œuvre.