L'ECORCEE - MAL-AIMEE/KATE BARRY

Par Laetitia Allal

Mal-Aimée -Kate Barry



Mal-Aimée fait appel à Kate Barry pour présenter sa collection Hiver 2012-2013. INTERVIEW Mal Aimée.

Parlez-nous, en quelques mots, du concept de votre prochaine collection, celle de l’hiver 2012-2013 ?

Nous avons voulu synthétiser l’attitude et les codes de Mal-Aimée. Nous affirmons deux volontés fortes amorcées sur l’été : la garde-robe Mal-Aimée s’adresse simultanément à une jeune fille et une femme affirmée et les pièces se combinent et s’échangent ad libitum.

A l’heure où on évoque le défilé comme un concept en voie de disparition, parce que couteux et un peu old fashion, vous choisissez de présenter votre collection via une vidéo. Choix stratégique ?

En fait, les défilés ne disparaissent pas, ils restent le meilleur moyen de montrer ses collections à la presse et aux acheteurs. Ils évoluent simplement de plus en plus vers le show. Grandiloquent à la Chanel ou Vuitton ou sous forme plus sourde et retenue de présentations très poussées artistiquement. Si nous n'en avons pas fait, c'est juste pour une question de budget. La vérité est qu'un défilé coûte au minimum 70 000 euros, et que nous préférons au stade financier où nous en sommes, mettre de l'argent dans des tissus et une façon exceptionnels et dans le made in France qui est une de nos marques de fabrique. Parce que ce qui compte tout de suite pour nous, c'est que la femme qui portera nos vêtements se sente sublime dedans.

Etes-vous tentés par un défilé, ou recommenceriez-vous l’expérience vidéo ?

Les deux!
Un défilé parce que cela constitue quand même un fantasme absolu pour tout créateur. Celui que nous avons fait à Barcelone l’année dernière reste un de nos plus grands souvenirs.
Et la vidéo aussi, chaque saison. Notre CEO et consultante Justine Lévy en raffole et nous lui en confions la direction artistique. Nous avons envie de raconter des histoires avec nos collections. Et la rencontre avec un artiste à chaque saison est galvanisante.

Kate Berry pour la réalisation, comment est née cette collaboration ?

Kate a emprunté des pièces Mal-Aimée à l’occasion d’une séance photo qu’elle faisait avec sa soeur Charlotte Gainsbourg. Nos vêtements ont beaucoup plu aux deux sœurs. En fait, Mal-Aimée avait déjà tapé dans l’œil de leur mère Jane Birkin qui avait assisté à notre toute première collection et pour qui nous avions réalisé une commande spéciale. De son côté, Justine connaît la troisième sœur, Lou Doillon, à qui nous avons prêté des vêtements pour les photos de son album à venir. Cela commençait à faire beaucoup de coïncidences… Quand la question d'une vidéo pour la campagne Automne-Hiver 2012 s'est posée, Justine, qui adore les photos de Kate, nous a dit « et si on lui en parlait, ne serait-ce que pour avoir son oeil sur un seul plan ? ». Nous avons rencontré Kate qui a dit oui sans hésiter, pour réaliser tout le film !

Une danseuse au lieu d'un mannequin, pourquoi?

Parce que la danse est un monde qui nous fascine. C’est une discipline, entre l’Art et le Sport. La beauté naît de l’effort pour ne pas dire de la souffrance. Tout cela fait tellement écho à notre propre univers.
Et nous ne voulions pas faire un film "mode", mais exprimer par un autre biais artistique ce que nous avions eu envie de dire avec les vêtements. Nous voulions prolonger la dimension de notre propos. Traduire dans un autre langage l’histoire de notre collection. Et puis quand Justine nous a fait écouter la musique qu’elle avait en tête, cela allait de soit : il fallait définitivement une danseuse.

Parlez-nous du concept de la vidéo ?


La vidéo raconte l'histoire de la collection. Une femme, la femme Mal-Aimée, seule dans une pièce, est transportée par la musique, entraînante mais profondément dramatique. La première tenue plante le décor : elle porte une tenue de jour qu'elle va dramatiser, en le dézippant de tous les côtés, dans tous les sens, pour enfin s'en extraire comme d'une enveloppe trop lourde, une luxueuse carapace. Surprise et assouplie par la légèreté de la matière dans laquelle elle se trouve soudain, elle va traverser un moment intense de défoulement dans une robe longue à l’imprimé psychédélique. Elle en retrouve le sourire et une attitude plus sexy et envoutante qui l'amène à danser de manière plus naturelle et spontanée. Puis, doucement, quelque chose la rattrape, comme si un regard négatif ou une parole de trop l'avait refermée, rendue à nouveau fragile. Une immense émotion se lit soudain dans ses yeux, et le film se termine sur un plan de son dos ondoyant dans la lumière, presque nu dans une robe en lurex ample et fendue à l’extrême.

Le film évoque une des choses qui nous inspire le plus : l'ambivalence des femmes. Le tout et le rien, la plénitude et le vide qui tour à tour les habite. Toutes les contradictions qui font qu'une femme est un sujet artistique sans fin. La femme Mal-Aimée est aussi fragile qu'elle a l'âme d'une guerrière, aussi belle qu'imparfaite, aussi féminine qu’androgyne. Elle a la décontraction des gens qui sont sûrs d'eux, jusqu'à ce qu'un mot, un regard de l'autre les remette entièrement en question. Une femme qui vacille sur le fil du rasoir. Comme un oiseau sur la branche, en somme.

Vous avez choisi comme B.O Lescop, et comme morceau La fôret pourquoi?

C'est Justine, l’oreille toujours tendue vers la nouveauté, qui nous a fait écouter et découvrir Lescop. C'est tout ce qu'elle aime, de la pop new wave, en français en plus. Et nous, bien sûr, on est devenu fan. Kate aussi d'ailleurs !
MATHIEU LESCOP-INTERVIEW

La vidéo :

KATE BARRY INTERPRETE L'HIVER DE MAL-AIMEE