1963, SCENES FROM THE SOUTH

Bob ADELMAN 	     No Man Is An Island, Kelly Ingram Park, Birmingham, Alabama , 1963 	     Gelatin silver print; printed later

Bob ADELMAN, No Man Is An Island, Kelly Ingram Park, Birmingham, Alabama, 1963, Gelatin silver print; printed later ©Bob Adelman, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York.



1963 : année charnière aux Etats Unis. 1963 c’est l'année du "I have a dream de Martin Luther King", de l’assassinat de John F. Kennedy aussi. 1963 est l’année que la galerie Howard Greenberg a décidé de représenter, en regroupant plus de quarante photographies témoins des événements culturels (musique, sport et mode), mais surtout historiques.


L’exposition se divise en trois temps : les manifestations pour les droits civiques en mai à Birmingham, dans l'Alabama;le discours de Martin Luther King Jr. à Washington en août; et l'assassinat du président Kennedy à Dallas en novembre.

Une exposition autour d'une période de l'histoire agitée, souvent liée à la question des droits de l'homme, celle des noirs surtout, et qui trouve ses racines au 17ème siècle. Reminder:

En 1619, les premiers esclaves débarquent en Amérique. Ils devront attendre 1807 et l’interdiction de la traître négrière pour espérer la liberté. Rien n’est gagné pour autant, le noir reste propriété du blanc dans certains états. Mais ces serfs modernes recouvrent l’espoir avec la guerre de sécession et les amendements 13, 14, et 15 accordant successivement l’abolition de l’esclavage, le droit à toute personne née aux E.U d’en être citoyen, et le droit de vote «qui ne peut être restreint ou refusé en raison de la race ou d’une condition antérieure de servitude». Frederick Douglass, esclave affranchi et abolitionniste engagé, tenta en 1866 de réclamer le droit de vote pour les esclaves. Echec. Interprétée abusivement, la constitution permettait aux blancs de maintenir la mainmise qu’ils avaient sur les noirs des Etats du Sud. La ségrégation raciale se banalisa, au point qu’en 1896, la Cour Suprême la légalisa. Les lynchages anti-noirs se multiplièrent.

Blancs progressistes et noirs formèrent la NAACP pour réclamer l’égalité de droits. Rien n’y fit, peut-être parce que «La noirceur du Noir, explique Albert Memmi, entretient chez beaucoup ce que j’ai proposé de nommer hétérophobie ou la peur agressive du différent, parce que le différent est de l’inconnu et que l’inconnu fait peur». Exclu de la Cité, le noir se retrouve sans «statut légal». Et Obama ne peut oublier ce pan de l’histoire: «Je suis prisonnier de ma propre histoire : je ne peux m’empêcher de voir l’expérience américaine à travers le prisme d’un Noir à l’héritage métissé, gardant sans cesse à l’esprit que des générations d’hommes et de femmes qui me ressemblent ont été asservis et stigmatisé, toujours conscient des manières subtiles et moins subtiles dont l’appartenance à une race et à une classe sociale continue à modeler nos vies.».

Bruce DAVIDSON 	     Time of Change, 1963 	     Gelatin silver print; printed later 	       	     © Bruce Davidson, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York.
Bruce DAVIDSON, Time of Change, 1963. Gelatin silver print; printed later © Bruce Davidson, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York.




A l’époque beaucoup ont protesté contre l’image obsolète de cet «Oncle Tom» soumis aux volontés du blanc. Des intellectuels cherchèrent des solutions différentes: Marcus Garvey préconisait un retour en Afrique, Booker T.Washington prônait le compromis, alors que W.E.B du Bois désapprouvait le consensus qui, selon lui revenait à enchaîner les noirs à leur oppresseur. Il en tira d’ailleurs son concept de double conscience: à la fois noir, à la fois américain, jamais ni l’un ni l’autre. Le pays du rêve américain apparaissait de plus en plus, aux yeux du monde et de la majorité de la population américaine comme un pays «régressiste» peinant à accorder les droits les plus fondamentaux aux minorités visibles.

Il faudra attendre 1955, et l’incident Rosa Parks, pour que le Mouvement pour les droits civiques se mette en place. Dès lors, les témoignages fusent. Des photos reporters comme Bob Adelman ou Bruce Davidson, rejoignent la cause, immortalisant à coup de clichés chocs ce combat pour l’égalité. Certains se rassemblent autour de Martin Luther King, leader charismatique, apôtre de la non-violence et de l’espoir "assimilationniste". Mais face à l’étroitesse d’esprit du gouvernement, d’autres adhérèrent à des mouvements plus radicaux tels que les Blacks Muslims dont le leader, Malcolm X, considérait l'intégration comme un utopie: «L’homme blanc […] nous a volés nous-mêmes, et puis il nous a volé notre religion, notre langue et notre civilisation pour faire de nous des animaux.». Malcolm revendiquait une nation noire au sein de la nation, sorte de nationalisme afro-américain réfutant l’idée d’une coexistence fallacieuse.

Après dix ans de bataille pour des droits élémentaires, Le président Johnson signa en 64 le Civil Rights Act, rendant la ségrégation illégale dans tout le pays, et accorda, enfin, en 65 le droit de vote aux noirs. Mais à quel prix? Entre bains de sang et lynchages, assassinats de Malcolm X en 65, et Martin Luther King en 68, cette lutte pour l’égalité aura laissé des traces indélébiles sur la culture afro-américaine : «J’ai quitté l’Amérique parce que j’ai eu peur de ne pouvoir survivre à la fureur que provoque le problème noir. […] Je voulais voir comment, étant donné le caractère particulier de mon expérience, je pourrais entrer en contact avec les autres au lieu d’en rester séparé. (J’étais aussi isolé des Noirs que des Blancs, ainsi que cela arrive quand un Noir commence à croire, au fond de son cœur ce que les Blancs disent de lui.)» écrivit James Baldwin.

Entre photos témoins de l’oppression, des inégalités, des espoirs, de la folie humaine, et de la scène artistique underground et subversive (Bob Dylan, les beatles, Roy Lichtenstein, de Duke Ellington ou le très jeune Mohamed Ali), l’exposition 1963 illustrent bien le pouvoir documentaire de la photographie.

©Bob Adelman, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York.
Bob ADELMAN, Fireman turned high powered hoses against peaceful demonstrators, who are knocked down in Kelly Ingram park. By coming together and holding onto one another, they are able to stand up to the fire hoses. Birmingham, Alabama, 1963.Gelatin silver print; printed later ©Bob Adelman, Courtesy Howard Greenberg Gallery, New York.











HOWARD GREENBERG GALLERY
Scenes from the South
Jusqu'au 3 Juillet 2013
41 East 57th Street, Suite 1406, NYC


Howard Greenberg

L'exposition présente le travail des artistes tels que : Berenice Abbott, Bill Burke, Edward Burtynsky, William Christianberry, Bruce Davidson, William Eggleston, Walker Evans, Robert Frank, William Gedney, Dorothea Lange, Ralph Eugene Meatyard, Peter Sekaer, and emerging artists Caroline Allison, Mikael Kennedy, Joshua Black Wilkins, et J.R. Doty.