MAX VADUKUL - INTERVIEW

Par laetitia Allal

Derek Lam




Qui es-tu, Max Vadukul ? Parle-nous un peu de toi, raconte-nous comment et pourquoi tu as décidé d’être photographe ?

Max :
Un peu de moi ok… Je suis photographe et vidéaste. Je suis né au Kenya, j’y ai vécu jusqu’à l’âge de 9 ans. J’y ai fait beaucoup de safaris avec mon père, séchant à l’occasion un peu les cours. Et je voudrais dire que c’était une époque merveilleuse.
Mes parents sont indiens, j’ai quitté le Kenya pour l’Angleterre à mes 9 ans. C’était une vie nouvelle qui commençait et une belle époque pour débarquer en Grande-Bretagne. La pop culture était à son apogée. La photo … ça à toujours été avec mon père. Il était un fervent amateur de photographie et je suis certain, aujourd’hui, que mon amour pour cet art vient de lui.

En revanche, comment je suis devenu photographe? Ça c’est une autre histoire … J’ai découvert un jour que photographe pouvait être un métier. Et comme je m’ennuyais à l’école, je me suis dit pourquoi pas. Bien sûr, il fallait d’abord en maitriser les techniques. Il ne faut pas oublier qu’on était encore à l’ère de l’argentique, il n’y avait pas le digital. J’ai été assistant, puis au bout de 6 mois, j’ai tout arrêté et me suis lancé en tant que photographe. C’était la galère. J’ai été de rédactions en rédactions présenter mon book. Jusqu’au jour où j’ai décroché, par le plus grand des hasards, mon premier contrat avec Yohji Yamamoto. C’était en 1984. A partir de ce moment-là, les choses ont vraiment bougé pour moi. Ce qui est marrant, c’est que certains magazines à qui j’avais proposé mes services à l’époque, m’avaient dit non car je ne correspondais pas à leur ligne éditoriale et maintenant je travaille pour eux et leur fais les mêmes photos que je faisais à l époque !


Mike JaggerMike Jagger






















Comment trouves-tu l’inspiration ?
Max: Je ne cherche pas l’inspiration, les choses viennent comme ça. Il y a même des jours ou rien ne me vient !

Mais qu’est-ce qui t’influence le plus ?
Max : Ca peut paraître évident mais… En fait, ça peut partir de n’importe quoi… Les gens sont les plus inspirants… Je suis aussi un chasseur de news et je trouve une grande source d’inspiration dans les faits divers … Et les images.

Quels sont les photographes que tu aimes ?

Max : J’aime beaucoup les photographes de chez Magnum. Pour moi il y a deux grandes écoles ; les portraitistes et les photoreporters.
Chez les grands reporters, j’adore le travail de Josef Koudelka. J’aime aussi Jacques-Henri Lartigue, Henri Cartier-Bresson… Ah, il y a aussi Robert Franck, pour moi c’est un dieu ! Puis chez les portraitistes, il y a Helmut Newton, Irving Penn et Richard Avedon.


ModeMode



Tu sembles être attaché aux photos noir et blanc…
Max: Ce commentaire était vrai il y a 25 ans, mais plus aujourd’hui et certainement pas ces dix dernières années … J’ai une excellente palette de couleurs … Mais l’émotion que donne le noir et blanc est imbattable, ça te simplifie tout. Pour moi, c’est plus facile d’avoir de l’émotion avec le Noir et Blanc. La couleur, c’est un travail plus compliqué. Si tu as un bon budget, un bon studio ça peut le faire. Mais si tu n’as pas de budget, peu de temps avec ton sujet, il vaut mieux prendre une photo en Noir et Blanc. Enfin c’est juste mon point de vue, mais pour moi la couleur demande une grande maitrise. C’est vrai non ?

Oui, mais si tu optes pour le noir et blanc tu dois être un maître de la photo alors ?
Max : Je le suis non ! (Eclat de rire, ndlr) Okay, c’est une blague. Ce que je veux dire, c’est qu’il n’y a plus beaucoup de très bons photographes couleur, surtout en portrait. Bien sûr, il y a des photographes de mode uniques comme Chris von Wangenheim, Avedon, Helmut, Penn. Mais je pense qu’aujourd’hui, il n’y a plus de maîtres de la photo dans les magazines comme ces maîtres là. Bon, il y a Steven Meisel qui, à mon humble avis, est le plus brillant des photographes de mode actuels. Il y a beaucoup de Steven aujourd’hui, mais il n y a qu’un Meisel. Il est le meilleur ; il est un vrai photographe de mode.

Mais ce que j ‘essaie de dire, c’est qu’à cause des surproductions, des clauses, des avocats, des droits, des contrats…, les magazines n’ont plus le temps pour laisser parler la créativité. De nos jours, tout doit être dirigé et contrôlé par les magazines. Alors qu’avant on laissait la possibilité et le temps aux photographes d’exprimer un art. Qui a le pouvoir aujourd’hui d’être libre dans les magazines comme Helmut, Penn, Avedon ?

Personne…

Max : Personne, car aujourd’hui les contrats vont dans le sens de notre société. C’est le profit qui prime au détriment de l’originalité et de la créativité. On peut, cependant, retrouver cette créativité dans certains magazines indés anglais qui sont vraiment réussis et très beaux, tels que Love, Pop etc. Eux sont créatifs, mais les rois ne le sont plus ou ne peuvent plus l’être. Une photo prise doit être rendue le lendemain. A l’époque de Monsieur Avedon, on pouvait avoir un mois avant de rendre les sujets. Aujourd’hui les choses doivent être faites rapidement.
Tiens un exemple de prise de risque, prenons le cas de William Klein. Alexander Liberman était à l’époque le D.A du Vogue. Eh bien, après avoir vu une expo à Paris de Klein, il lui offre un contrat chez Vogue et il lui finance ses livres. Grâce à lui, Klein à fait NEW YOK puis ses 3 autres livres ROMA, TOKYO, MOSCOU. Ceci est le bel exemple des prises de risques de l’époque. Alexander Liberman était un visionnaire remarquable et un grand ami des artistes. Il a commandité le livre ROMA, a payé ce travail…Puis le livre a été publié par Condé Nast. Personne n’avait vu ça. Et c’était des photos extraordinaires.
De nos jours, on paie des photographes pour faire des photos dans des magazines des fortunes alors qu’ils ne sont pas capables de faire des livres comme ça. C’est fini, nous sommes dans une autre époque.

YOKO ONO



As-tu une image favorite ?
Max: De moi, non, impossible. Mais une image favorite, oui. Celle de Joseph Koudelka «Black dog in snow», j’ai un tirage original … Elle est fantastique… Je peux regarder cette photo tous les jours, m’asseoir devant tous les matins.

CavalliCavalli






Question mode : Assistes-tu aux défilés ?
Max: Les défilés c’est pour les journalistes, pas pour les photographes. Hormis Yohji, avec qui j’entretiens des relations particulières. Je ne vais jamais aux défilés, je trouve ça ennuyeux. Il y a dix ans, il y avait dix défilés par jour. Aujourd’hui, il y a de plus en plus défilés. Ça peut aller jusqu’ à vingt par jour. C’est de la folie. Je ne viens pas sur Paris pour les shows, mais pour le travail et rencontrer des gens.


Campagne Yohji Yamamoto 1984-1985Campagne Yohji Yamamoto 1984-1985




Parle-nous de ta relation avec Yohji Yamamoto ?
Max: J’ai rencontré Yohji il y a plus de vingt-sept ans. Yohji est quelqu’un d’unique, simple.
Une entente artistique qui dure aussi longtemps, c’est remarquable ! Nous avons commencé à travailler ensemble en 1984, j’ai shooté sa campagne. Et depuis nous continuons d’écrire notre histoire. Aujourd’hui encore, nous entamons un nouveau projet avec le Design Museum Holon (Musée du Design à Holon en Israël, dessiné par Ron Arad ndlr). Mais les détails du projet sont confidentiels pour le moment …


Max Vadukul


Votre point commun ?
Max: Nous aimons les femmes … Et le noir et blanc aussi !

Enfin, tu es né au Kenya, y retournes-tu ? Entretiens-tu une relation particulière avec ce pays ?

Max: J’y suis retourné pour les vacances avec ma femme et les jumeaux, il y a environ 8 ans. Juste pour leur montrer aussi que je suis effectivement allé à l’école dans ce pays. Je pense que c’est un pays magnifique. Mais je n’y entretiens aucune relation particulière, au sens où Peter Beard peut en entretenir par exemple…

Max Vadukul



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