Yutaka Takanashi Fondation Henri Cartier-Bresson- Exposition

Par Laetitia Allal,

Bar Toyota,1 Tsunohazu, quartier de Shinjuku, 1965


Bar Toyota, 1 Tsunohazu, quartier de Shinjuku, 1965 (c) Yutaka TAKANASHI courtesy Galerie Priska Pasquer, Cologne.
Trois séries phares du photographe emblématique japonais Yutaka Takanashi sont exposées à la fondation HCB jusqu'au 29 juillet 2012 : Toshi-e (vers la ville), Machi (la ville) et Golden-gai Bars.

Yutaka Takanashi est né en 1935. Il est de ces photographes qui, discrètement, marquèrent l’histoire de la photographie. Yutaka, dans les années 1960, proposa une nouvelle vision, un nouvel esthétisme de la photographie au Japon. En 1968, il est co-fondateur avec NAKAHIRA Takuma, TAKI Koji et OKADA Takahiko du magazine de photographie d’avant-garde culte : Provoke, dont la visée principale était contestataire: pointer du doigt la scène politique nipponne et la société des années 1960, par le bais de la photographie et la critique.
Clichés noir et blanc, utilisation du flou et des contrastes, ce magazine influença durablement la scène artistique japonaise. Moriyama Daido se joignit au groupe au deuxième numéro, et Araki fut refusé pour son approche jugée alors trop commerciale. Bref, l’histoire de Provoke s’arrêta en 1970 avec la dissolution du groupe.

Yutaka Takanashi suivit sa route photographique et proposa son "Toshi-e" ("Vers la ville"), qui fut publié en 1974. "Toshi-e" s’inscrit dans la continuité du mouvement Provoke. On y retrouve cette même dialectique du noir et blanc à l’expressivité brute, associée à une spontanéité du réel, au style flou et surexposé. Mais fatigué, lassé de cette folle course à l’invisible, il s’approprie une autre écriture et s’attaque à la couleur. Saisissant des portraits en intérieur et extérieur, sans humain, il rompt avec la musicalité poétique et s’intéresse au monde contemporain. Et en particulier un des quartiers les plus anciens de Tokyo, Shitamachi, qui voit son aspect traditionnel disparaître au profit de l’extension inéluctable de la technopole. 
Ces photos seront rassemblées, en 1977 dans un livre, "Machi" (la ville).
Enfin, la troisième série présentée, "Golden-gai Bars", regroupe des photos prises dans le quartier de Shinjuku, au moment où ces bars ont dû être fermés.

Tout ça pour dire que ceux qui ne connaissent pas la scène photographique japonaise devrait aller faire une tour à la fondation Henri Cartier-Bresson pour découvrir le travail d’Yutaka Takanashi. Quant aux initiés, qui découvrirent l’an passé la série Machi au Bal, ils se régaleront de cette nouvelle exposition qui présente pour la première fois, à Paris, l’ensemble de son œuvre.

GOLDEN GAI STREET, BAR BUI, 1982


Golden Gai Street, Bar Bui, 1982 (c) Yutaka TAKANASHI/ Courtesy Alexis Fabry (Toluca Editions), Pari