Juergen Teller X Kristen McMemany : Sexe, Mode, et Avant-garde

Par Laetitia Allal,

kristen Mcmenamy3

Juergen Teller,Kristen McMenamy 3, London, 1996.Courtesy of the artist and of the gallery Lehmann Maupin, New York. Copyright Rencontres Arles.

A l’occasion des Rencontres d’Arles 2012, qui fêteront par ailleurs le trentième anniversaire de l’Ecole nationale supérieure de la photographie d’Arles, l’une des thématiques représentées « Mannequin le Corps de la mode, Musée Galliera », orchestrée par Sylvie Lécallier, suscite mon intérêt. Si le mannequin humain était un cintre vivant au début du XXème siècle, l’imago top model s’est très vite échappé des runways pour devenir un produit de controverse, de convoitise, d’idolâtrie, de mépris, de fascination en somme.

Le sujet est intéressant … Mais pour être tout à fait honnête, c’est une des photos illustrant l’expo qui aimante mon attention : celle du model Kristen McMenamy shootée par Juergen Teller, extraite d’une série pour le ID datant de 1996.
Série qui fit beaucoup jaser … Et qui ferait encore jaser. L'objet du délit, un mannequin nu qui exhibe son corps, avec fierté, sans artifices. Des veines, un hematome et une cicatrice au bas ventre assumés, un coeur qui contenant le mot Versace tatoué au lipstick rouge sur le sternum pour tout vêtement, un vent de stupeur et de tremblement balaye les travées du tout fashion.

A tel point que la rumeur dit que cette série fit décoller la carrière du photographe Juergen Teller… Et ruina celle de Kristen McMemany. Dix ans plus tard, pourtant, le duo se reforme pour le très edgy mag indé 032c. Inutile de dire que la polémique connut un nouvel épisode pour des images jugées pornographiques. Ce qui fit dire au photographe « il est toujours bon de susciter une réaction. Et que si les gens veulent voir de la pornographie qu’ils la voient, mais que ca n’en est pas.».

   032c kristen Mcmenamy by Juergen Teller


032c #21,Summer 2011.Kristen Mcmenamy by Juergen Teller
Ce qui remet sur le tapis la question de la place du nu photographique dans l’art. Et essentiellement dans la mode. Ne peut-on être subversif dans la photographie de mode? Si oui quelle est la place du nu alors ? Bien avant Juergen Teller, Helmut Newton ou Guy Bourdin se sont frottés à la (fausse) pudeur de la critique mode. La mode doit faire de la mode, et la photographie doit se plier aux codes (aux diktats ?) du milieu. Ridicule, d’autant que mode et mannequins sont absolus vecteurs de fantasmes.


   032c kristen Mcmenamy by Juergen Teller


032c #21,Summer 2011.Kristen Mcmenamy by Juergen Teller
Une série de Juergen Teller plus obscène qu’une minaudière à 100.000 euros ? Les mêmes qui jugent la qualité d’une image à la valeur ou la branchitude des vêtements shootés, crachent ainsi souvent sur Un Teller, ou un Terry Richardson… Jusqu’à ce qu’ils accèdent à la notoriété. L’indécence tient donc plutôt dans l’incapacité à trouver le beau dans le subversif.

Aujourd’hui, Juergen Teller habite le Panthéon des grands photographes de mode, au même titre que Kristen McMemany fait l’objet d’un retour en grâce auprès de la sphère mode, preuve qu’il faut parfois avoir pris le risque d’être considéré comme objet de déni, pour d’imposer un jour comme objet de désir

032c #21,Summer 2011.Kristen Mcmenamy by Juergen Teller


032c #21,Summer 2011.Kristen Mcmenamy by Juergen Teller




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