Bettina Rheims, L’ŒIL DU SIECLE : The Gender Studies -Expo

Par Laetitia Allal,

"De façon générale, c’est le genre humain qui m’intéresse."

Bettina Rheims

Dafné C. © Bettina Rheims


Dafné C. © Bettina Rheims

Bettina Rheims est de ces photographes atypiques, fascinants, énigmatiques. A l’instar d’un Newton, d’un Mapplethorpe, d’un Bourdin, ou d’une Sherman. A elle seule, elle est un phénomène, une artiste... Connue pour ses clichés de mode, de stars, d’hommes politiques, pour son travail sur les animaux naturalisés, son étude et sa relecture de la vie de Jésus Christ (I.N.R.I.), ou sa fascination pour l’art (Rose c’est Paris), autant que pour ses essais sur les transexuels (Kim Harlow, Les Espionnes), Bettina Rheims est une créatrice compulsive et conceptuelle.

Kael T.B. I© Bettina Rheims


Kael T.B. I© Bettina Rheims

Ainsi, si aujourd’hui la question du transgenre est plus que d’actualité, Bettina Rheims n’a pas attendu cette effervescence pour interroger cette question trouble. Elle s'est très tôt intéressée à l’image des adolescents androgynes pour donner corps, en 1990, à une série de portraits en noir et blanc regroupés sous un ouvrage intitulé Modern Lovers.Et publie en 1991 et 1992, coup sur coup, deux livres sur la question du transgenre. Le premier Kim Harlow, hommage au célèbre transsexuel parisien éponyme décédé du sida avant la publication, le second Les Espionnes.
20 ans après, bisexualité, transgenre, travestissement, androgynie, troisième genre sont autant de qualificatifs qui tendent à repousser les frontières du genre.

Andrej P. III© Bettina Rheims


Andrej P. III© Bettina Rheims

Entre couvertures de magazine, défilés, témoignages, la question de l’identité sexuelle semble s’atténuer avec des personnes comme Andrej Pejic icône androgyne absolue ou Léa T. muse et amie de Riccardo Tisci, devenu le premier super-model transgenre et porte parole d’une cause. Léa T. avoue s’être toujours sentie différente, et ce depuis l’enfance, et que pendant longtemps elle espérait être gay, car cela aurait été plus facile pour sa famille, et ainsi elle aurait pu avoir une vie normale. Elle ajoute qu’elle espérait pouvoir accepter son corps d’homme, ce qui aurait était plus facile pour elle, être un homme avoir une copine, une famille, une fille, se marier bref mais : But it's something in your brain - born in the wrong body,'

Etre né dans le mauvais corps, voilà les mots qui reviennent constamment. La différence non comme une maladie, une tare, mais comme une singulière nature.

Simon K. I© Bettina Rheims


Simon K. I© Bettina Rheims

Et c’est ce regain d’intérêt pour la cause, la naissance de mags comme Dossier, ou Candy magazine, qui pour une publication annuelle sur la transsexualité et les travestis, a demandé à Bettina Rheims de publier, vingt ans après, la série «Modern Lovers» (Amants modernes) et «Les espionnes», qui a donné l’idée à Bettina de reprendre son travail sur la question du genre et d'aller voir si les choses avaient changé.

Elle expliquera d ailleurs avoir ouvert un compte facebook, et encouragé les gens qui se sentaient «différents» à contacter son studio. Après plusieurs discutions via Skype avec de jeunes garçons et filles, à travers le monde, elle a décidé d’en faire venir une trentaine au studio et de travailler sur ce nouveau projet. Accompagnée de son acolyte de longue date Jean Colona et d’un grand artiste sonore, Frédéric Sanchez, elle donnera naissance à ces nouveaux «Modern Lovers».

Simon K. I© Bettina Rheims


Simon K. I© Bettina Rheims

Alors oui, les photos de Bettina ne sont ni des images documentaires, ni des images de photoreporter – même si le sujet a parfois, voire souvent, une visée documentaire. Elles illustrent juste, représentent symboliquement un pendant de notre société. Si en apparence le processus créatif de Bettina peut se résumer à de l’exubérance et à la volonté de déranger certains spectateurs, il est, à y regarder de plus près, un véritable travail de réflexion sur le monde, la vraie nature de l’humain, son intérieur. Les images de Bettina sont travaillées, contournent la réalité pour la détourner et lui donner par là plus de puissance symbolique.

Edward V. III© Bettina Rheims


Edward V. III© Bettina Rheims

Exposition :
Bettina Rheims - Gender Studies
En collaboration avec Frédéric Sanchez
Jusqu'au 1er décembre 2012
CAMERA WORK
Kantstrasse 149
10623 Berlin