Antoine D'Agata - Anticorps- expo Le Bal

Par Laetitia Allal

© Antoine d’Agata - Magnum photos Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris


© Antoine d’Agata - Magnum photos. Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris.

Antoine D’Agata à l’honneur au Bal. Son travail exposé mêle ses deux univers, celui de la nuit (son travail sur les filles de joie, la drogue…) et celui du jour, celui des photo-reportages. En résulte un travail documentaire personnel, un engagement authentique où douleur et violence se révèlent dans une vision de contrastes.

© Antoine d’Agata - Magnum photos Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris© Antoine d’Agata - Magnum photos Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris
© Antoine d’Agata - Magnum photos.Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris.© Antoine d’Agata - Magnum photos.Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris.



Car ce qui intéresse Antoine d’Agata c’est le monde, le vrai, là où on ne triche pas, où la détresse est palpable. Antoine D’Agata est de ces photographes qui puent l’être, qui sentent les êtres ; Il agit de manière juste, respecte l’individu, cherche la liberté, sa liberté, jusqu’à pousser les limites de l'autre autant que de soi. Bien sûr Antoine d’Agata à ses détracteurs, qui l'accusent d’intentions malsaines, perverses. Les putes, la drogue, certes. La connaissance par les gouffres, à corps perdus surtout. Pas de voyeurisme, ni de pornographie, juste un regard des abysses, un truc tordu qui le hante, une démarche du jusqu'au bout, quitte à en payer de son être, dans un monde de suicidés de la société : «Je ne fais que regarder des êtres se débattre face à leurs démons.» ( Antoine d’Agata).


© Antoine d’Agata - Magnum photos Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris


© Antoine d’Agata - Magnum photos.Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris.

Et pour une vision plus globale de son travail, outre le superbe ouvrage d'entretiens entre Antoine D'Agata et Christine Delory-Momberge "Le désir du monde : Entretiens", je publie une interview que j'avais faite de lui, il y'a quelques temps pour le magazine Modzik (18) lors de la sortie du livre Agonie aux Editions Actes Sud.

Antoine d’Agata L’être e(s)t son double
«Pensionnaire » de l’agence Magnum, Antoine d’Agata est de ces photographes qui ne trichent pas, font de leur vie, aussi extrême soit-elle, un domaine d’exploration créative. Il y raconte, à coups de clichés, des bouts d’histoires à la poésie brutale, entre désir du monde et mondes du désir. Modzik l’a rencontré.

Vous avez dit «J’ai décidé à 20 ans, de façon lucide, faire de ma vie la matière même de ma parole.» Quel a été le déclic?
Comme une partie de la génération qui a vécu son adolescence à la fin des années soixante-dix, j’ai grandi sous le sceau d’une révolte nihiliste qui peut être confondue avec l’émergence et l’autodestruction presque simultanée de la mouvance punk. Confrontés à l’impasse d’idéologies vieillissantes et impuissantes à changer le monde, et à l’emprise cynique et brutale d’une logique économique globalisée émergente, notre seule option était le rejet provocateur de la civilité. Andreas Baader et Jacques Mesrine étaient nos seuls héros, et la défonce et la «zone» nos seules perspectives. C’est sous l’influence bâtarde du trichloréthylène, de l’éther, la colle à rustine et l’héroïne, d’une part, et l’aventure situationniste, d’autre part, que nous nous sommes forgés nos propres règles, dans les squats marseillais des années 80. Cette fête anarchique et innocente a tourné court avec l’apparition du Sida et l’hécatombe qui a suivi. Les rescapés de cette épopée suicidaire ont du alors assumer des choix de vie propres à chacun. La photographie a fait irruption dans ma vie bien plus tard, après dix années de défonce et de galères à travers le monde, et me permet d’affirmer le même engagement, la même éthique qu’alors. Aujourd’hui je n’ai pas renié la jouissance désespérée et la violence inhérentes à cette révolte initiale, et j’affirme que la réalité des actes reste le seul critère susceptible de déterminer cohérence et authenticité d’une œuvre artistique. Après trente années dans la rue, j’essaie encore de vivre à la hauteur de mes convictions politiques et de mes doutes intimes.

© Antoine d’Agata - Magnum photos Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris


© Antoine d’Agata - Magnum photos Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris.

«Le désir du monde ne peut-être que d’ordre sexuel», affirmez-vous dans un ouvrage d’entretiens avec Christine Delory. Pouvez vous développer cette assertion et par extension votre définition générale du désir ?
Au-delà de la seule jouissance sexuelle, c’est l’animalité qu’aujourd’hui, je considère comme la seule posture possible pour les populations croissantes qui survivent dans les villes modernes dévastées par la pauvreté. Ce que j’entends par « animalité » est un ensemble de pratiques spontanées et extrêmes, liées à l’émergence de nouvelles substances narcotiques, à l’efficacité inédite et brutale, telle le méthamphétamine, qui inonde le marché global des substances illicites. Un désir effréné, libéré de tout cadre rationnel, alimenté par les molécules artificielles que distillent des myriades de laboratoires clandestins sommaires et autonomes. Rage sexuelle, ivresse narcotique et violence délinquante contaminent le corps social qu’ignorent des logiques économiques instaurées pour le seul profit de quelques élites invisibles. Nombreux sont ceux qui n’ont plus que le jeu comme option. Un jeu violent, autodestructeur et barbare, qui a, comme seule règle, comme seul objet, une jouissance immédiate et sans mesure, un désir qui éradique la raison et la pensée même. Cette résurgence de la boue naît du désespoir. L’excès est le seul principe. C’est la réaction ultime des dépossédés contre un système qui règne par la peur et la frustration. C’est leur seul accès à une existence digne de ce nom. Face à la force de frappe écrasante d’une propagande insidieuse, qui a fait de la jouissance même un produit de consommation, une multitude marginalisée rejette en bloc les valeurs du système, va à l’encontre de toute morale et de toute logique. C’est ce que j’entends par le désir du monde.

Votre travail évoque parfois un journal intime des abîmes. Pourquoi en dévoiler le contenu? Acte d’exhibitionnisme, thérapie par la photo, manifeste pour les marges ?
La photographie n’a d’abord été qu’un accident de parcours mais m’a permis, à un moment particulièrement douloureux, alors que j’étais hors d’état de nuire, psychologiquement, physiquement, émotionnellement et socialement dysfonctionnel, de me reprendre en main. Épuisé, submergé par dix années d’excès, d’errances silencieuses, dans un rapport autiste au monde, j’ai pu, peu à peu, me restructurer, trouver la force de continuer sans renier mes choix de vie. Plus tard, j’ai voulu donner une forme à ma perception de territoires et de réalités négligées par les traditions documentaires et artistiques de la photographie. Je me suis pris au jeu et me suis intéressé à la nature de ce langage, à son histoire. Et j’ai tenté d’affirmer, contre les détenteurs de certaines fausses vérités, la prédominance de l’expérience sur le discours et l’esthétique. Mais je ne m’exhibe pas, et je me préserve de toute dérive voyeuriste éventuelle de la part du spectateur en ne montrant que le strict nécessaire. Ma photographie, qu’elle emprunte la forme d’un journal ou d’un document, est avant tout un cri, une réaction instinctive, irrationnelle, excessive parfois, mais sincère, devant l’horreur auquel tout homme doit faire face. L’absurdité de notre condition et les aberrations du monde que nous construisons sont le mélange infâme qui régit le cours de notre existence.

Quand avez-vous commencé à montrer vos clichés au public et qui vous y a décidé ?
J’ai publié et exposé pour la première fois en 1998. Je publie et j’expose pour y voir plus clair, ou pour me donner les moyens stratégiques de continuer. Mais je ne me préoccupe du regard du spectateur à aucun stade du processus photographique, depuis l’intuition de la prise de vue, jusqu’à la mise en forme définitive, conditionnée pourtant par d’innombrables contingences extérieures. Et, en fin de compte, ma photographie n’existe qu’à travers ce regard extérieur dont je ne tiens pas compte.

Votre travail tourne autour de la sexualité, de la bestialité, de l’attraction des corps aussi. Y a-t-il des fantasmes que vous n’osez pas mettre en image ?
Je n’ai pas photographié certaines de mes expériences parce que je ne savais pas comment le faire sans me perdre dans un inventaire de pratiques exotiques ou purement anecdotiques. Les activités sexuelles spécifiques ou les perversions spectaculaires ne m’intéressent pas en tant que telles. Mes propres fantasmes ne m’intéressent que si j’ai une chance raisonnable de les réaliser. Et il n’y a rien que je m’interdirai de montrer, si cela trouve sa place dans les limites, très ordinaires, sur ce que j’estime acceptable ou pas, au sein de mon propre parcours. Mais les choses sont toujours plus complexes qu’on le voudrait. J’ai côtoyé d’innombrables prostituées, toutes vendaient leur corps pour manger ou se droguer, et chacune tentait de trouver dans ces conditions extrêmes la force de se réinventer, de reprendre le contrôle de son existence. Je considère donc la prostitution comme une suite sans fin de tragédies humaines, un espace d’expérimentation sociale, et le principe qui régit chaque rouage de nos sociétés. La zoophilie ne me choque pas, la pédophilie me semble inacceptable. Ce n’est pas idéologique. Ce n’est pas une question de morale mais de cohérence. Le désir est indissociable de ce que j’appellerai la solidarité, ou la compassion, qui naissent de l’expérience et de la douleur. Certaines de mes images ont été critiquées par des voix anonymes sur internet. Face à la lâcheté et à la stupidité, je n’ai pas à me défendre ou me justifier. Quand à ce que font les autres, je ne juge pas mais réagis à ce que je vois, à ce que je ressens, à ce que je comprends. Je laisse toujours une chance à l’immoralité.

© Antoine d’Agata - Magnum photos Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris


© Antoine d’Agata - Magnum photos
Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris.

Vous arrive t il de vous autocensurer ?
Je n’ai aucune raison de censurer quoi que ce soit. Je cherche à dévoiler certains aspects, sombres mais authentiques, d’une existence qui affleure dans des espaces physiques ou émotionnels peu explorés. Mon travail est documentaire et je photographie les réalités qui coïncident avec mon propre parcours. Mes seules limites sont celles de mon désir. La seule stratégie dont je dispose est de suivre ces êtres, qui me bouleversent, aussi loin que possible dans l’intimité de leurs excès, et je les choisis en toute connaissance de cause. Si j’élude le contexte géographique, culturel et social, ou la nature spécifique de l’acte qui provoque l’extase ou l’inconscience, je le fais parce que je m’intéresse moins à la violence spectaculaire du monde qu’à la douleur et la folie qui meurtrissent la chair. Je me laisse souvent entrainer dans des spirales dont je ne devine pas l’aboutissement, et dont je ne mesure pas les risques, mais cela me permet d’échapper à la léthargie ambiante. Si le prix à payer pour le confort social est l’anesthésie des sens, je préfère miser sur les forces brutes de l’instinct. Je ne fais que résister, dans la faible mesure de mes moyens, à une idéologie hygiéniste qui prétend éradiquer de nos sociétés toutes traces de rage, de violence, de douleur ou de jouissance brutes.

Qu’on soit sous l’emprise de narcoleptiques ou bien d’alcool, comment réagit-on lors du 1er réveil, face aux premiers clichés ? Comment se décide t-on à renouveler l’expérience ?
Les produits narcotiques me permettent d’aller à l’essentiel, de ne pas penser, de briser toutes sortes de barrières, d’aller au-delà de limites non-acceptables, d’ouvrir des perspectives plus brutales, d’envisager des stratégies plus cruelles. J’ai épuisé, en ce qui me concerne, les possibilités qu’ouvrait une consommation invétérée d’alcool. Les drogues sont d’une efficacité bien plus redoutable si vous prétendez repousser les limites de votre propre expérience. J’ai renoncé il y a longtemps aux produits psychotropes, qui vous entraînent dans les impasses mystiques ou les méditations passives, mais les drogues dures et synthétiques de dernière génération intensifient la confrontation nécessaire à la réalité. Elles rendent impossible, et inapproprié toute tentative d’échapper aux affres du monde. L’Amérique latine, les États-Unis, l’Afrique du sud, l’Australie, l’Asie du sud-est voient leur tissu social se détériorer et sont les premières victimes d’une épidémie naissante. Le processus de fabrication de molécules artificielles comme le crystal, ne nécessite aucune matière première, aucune connaissance poussée, aucune installation sophistiquée. Au final, ces substances bon marché qui annulent la faim, la fatigue et le sommeil, provoquent un degré de précision et de concentration de la pensée proche de l’obsession et entrainent le consommateur vers la paranoïa et la folie. Et des communautés entières s’autodétruisent tout en mettant à mal, au passage, la pérennité même des structures sociales. Qui peut le leur reprocher, qui peut affirmer, et au nom de quelle morale, que le sexe, la drogue et la violence ne sont pas des armes légitimes pour retourner contre le système sa propre violence. Mais pour revenir à la photographie, la consommation de ces substances n’améliore en rien le rendement artistique. La méthamphétamine n’est ni un outil, ni un vice. Elle est l’histoire en train de s’écrire.

© Antoine d’Agata - Magnum photos Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris


© Antoine d’Agata - Magnum photos.Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris.

Vous mettez souvent en image vos faces destructrices. Quand allez vous en finir avec cette exploration systématique des miasmes ?
Je suis habitué à endure la souffrance physique, nerveuse ou émotionnelle. Le côté obscur de ma personnalité et de mes images ne reflète pas un caractère, mais la pertinence de mes doutes, de mes peurs, de mes fragilités. Et je fais de mon mieux pour que la peur ne prenne pas le pas sur le désir, et que le désir ne prenne pas le pas sur la compassion. Je ne reconnais, dans ma personnalité ou mes images, aucune dimension destructrice ou transgressive. J’ai simplement choisi d’explorer et de rapporter sous une forme donnée ce qui, dans ma propre existence, touche à l’impasse de la jouissance. Cela ne vient, en aucune manière, d’une quelconque fascination malsaine ou morbide. Au delà de la sympathie, de l’empathie pour les personnages qui traversent mes images, je me dois de partager la folie du monde pour pouvoir en parler, sans avoir le sentiment de m’en laver les mains. La plupart de ceux que je photographie n’ont pas fait le choix de leur souffrance et, en ce qui me concerne, le processus de « déchéance » que vous semblez évoquer est conscient, peut être même volontaire. Mais c’est en cela que mon travail se démarque de ceux qui l’ont précédé en visant la mise à nu de la spécificité de la photographie comme langage artistique. C’est un journal prémédité, une autobiographie écrite sur l’instant, qui jamais ne renonce à l’intensité de l’instant vécu, alors même qu’elle le documente. Loin de la position habituelle de la photographie, condamnée au commentaire ou au divertissement

© Antoine d’Agata - Magnum photos Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris


© Antoine d’Agata - Magnum photos. Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris.

Et la joie, dans tout ça ?
Je n’ai jamais tant photographié la joie, narcotique ou sexuelle, que ces dernières années. Et les images n’ont jamais été aussi sombres, aussi dures. Cela dit, si vous entendez par ce « joie» un état qui tiendrait plus de l’insouciance, je ne peux pas y prétendre.

Le flou est un leitmotiv de votre approche photographique ? Est-ce un moyen, entre autres, de dire que « cet homme que je suis, ça peut-être aussi toi, celui qui regarde»?
Ce qui a d’abord été un manque de précision, dû à la recherche forcenée d’états d’inconscience, est devenu avec le temps un outil avec sa fonction propre. Le flou me permet de rendre compte, au delà de la spécificité d’une situation, de formes plus obscures, plus indéfinies qui requièrent une lecture plus viscérale que littérale. Mais rien n’est plus artificiel et cynique que les photographies, toujours plus nombreuses, qui font de ce flou un apriori poétique, un dogme ou une fin esthétique en soi.

Vous est-il déjà arrivé de vous mettre en scène sous l’emprise d’aucun désinhibiteur ? D’avoir un regard lucide sur toute la scène et de vous sentir suffisamment à l’aise avec votre image pour renouveler l’expérience ?
Ces dernières années, j’ai du expérimenter d’autres méthodes de travail, et abandonner presque systématiquement la position derrière l’appareil pour pouvoir intégrer l’espace même de mes propres images, comme un personnage à part entière. De plus en plus fréquemment, je demande à d’autres d’appuyer sur le déclencheur, renonçant ainsi en partie au contrôle lors de la prise de vue, mais m’autorisant ainsi à devenir de la façon la plus absolue, l’acteur de ma propre existence. Je ne suis plus spectateur de la réalité mais de mes propres actes. J’ai le sentiment d’avoir conjuré la médiocrité inhérente à l’élaboration de tout langage dont la matière ne serait que prétexte à la forme. La prise de désinhibiteurs a pu faciliter l’occurrence de certains événements mais, encore une fois, je n’ai jamais soumis la prise de produits narcotiques à une quelconque stratégie photographique. Les états de lucidité extrême, la sensation de force brute ou les aberrations émotionnelles que provoque le ya’baa, l’ice, le MDMA ou le crack se suffisent à eux-mêmes. Il n’est pas utile d’aller chercher un alibi artistique qui viendrait justifier, ou excuser la consommation de ces drogues. Souvent ces dernières années, j’ai été pris dans cette spirale narcotique au détriment de toute activité photographique. Et nombreux sont les voyages qui se sont soldés par une absence absolue d’image. Cette incapacité systématique à rendre compte des expériences les plus intenses a été un échec évidement du point de vue purement photographique, mais il serait plus qu’incohérent d’affirmer la supériorité de l’expérience sur le regard tout en regrettant l’occurrence de ces périodes ou la vie prend le pas sur l’art.

© Antoine d’Agata - Magnum photos Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris


© Antoine d’Agata - Magnum photos. Courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris.

Si votre travail devait laisser une trace dans l’histoire de la photographie, vous aimeriez que ce soit quoi ?
Avoir cherché à vivre avec ceux que jusque-là la photographie s’était contentée de voir. Avoir tenté de dire ce qui n’a pas été dit : qu’il n’est pas acceptable pour le photographe de n’être qu’un voyeur. Avoir tenté de voir ce qui n’a pas été vu. Avoir tenté de faire de situations vécues une œuvre, aussi imparfaite soit-elle. N’avoir jamais renoncé à vivre en prenant pour excuse la photographie. Avoir voulu abolir toute distance avec mon sujet. Avoir voulu mettre en pratique, à mes risques et périls, une vérité ancienne : le monde n’est pas fait de ce que nous voyons, mais de ce que nous sommes.

ANTICORPS - ANTOINE D’AGATA
DU 24 JANVIER AU 14 AVRIL
LE BAL
6, Impasse de la Défense
75018 Paris